Une start-up ukraino-britannique pèse désormais un milliard de dollars. Sa spécialité : envoyer des machines là où plus personne ne veut aller.

"Predator", UGV Robotics - © UFORCE
"Predator", UGV Robotics - © UFORCE

En avril 2026, le président Zelensky annonçait qu'une position ennemie avait été saisie sans qu'un seul fantassin ne foule le terrain. L'annonce a eu lieu lors de la « Journée des fabricants d'armes » ukrainienne (parce que ce genre d'événement existe désormais). Des drones aériens, des robots terrestres, et pas une victime côté ukrainien. L'armée n'a communiqué ni le lieu, ni l'unité responsable, ni le type de machines utilisées. Les détails opérationnels restent flous, et le conditionnel s'impose.

UFORCE, la première licorne de défense ukrainienne

Derrière cette opération se trouve UFORCE, une entité née de la fusion de neuf entreprises ukrainiennes et britanniques. La société revendique plus de 150 000 missions de combat depuis 2022. Elle emploie plus de 1 000 ingénieurs et opérateurs dans six pays européens. Ses bookings ont progressé de 450 % en 2025.

En mars 2026, UFORCE a levé 50 millions de dollars. Sa valorisation a franchi le milliard. C'est la première licorne ukrainienne dans le secteur de la défense (un titre que personne n'ambitionnait de décerner il y a quatre ans).

Pour mesurer la vitesse de cette transformation : en 2022, l'Ukraine produisait environ 5 000 drones par an. Fin 2024, le chiffre atteignait 4 millions. Les robots terrestres, initialement cantonnés au transport de munitions et à l'évacuation de blessés, ont progressivement été utilisés pour forcer des redditions. L'opération d'avril 2026 marquerait l'étape suivante : la prise de terrain sans intervention humaine.

UFORCE n'est d'ailleurs pas seule dans l'écosystème. Anduril, côté américain, a fait voler un chasseur sans pilote en février 2026. Helsing, start-up franco-allemande d'IA de défense, a elle aussi passé le cap du milliard. L'initiative Replicator du Pentagone vise des dizaines de milliers de systèmes autonomes. La robotique militaire est en train de quitter le stade du prototype pour entrer dans celui de l'industrie.

La France programme pour 2027 ce que l'Ukraine déploie déjà

Bien à l'ouest du front, le programme Pendragon, coordonné par l'AMIAD et le Commandement du Combat Futur, prévoit une première démonstration à l'été 2026. La mise en production est annoncée pour 2027. Il s'agit de faire coopérer des drones et des robots terrestres hétérogènes (quadrupèdes, engins à roues) via intelligence artificielle, pour exécuter des missions en autonomie. Le concept est prometteur. Mais quand Pendragon alignera une dizaine de prototypes pour sa première démo, l'Ukraine comptera déjà des milliers de machines en service.

On reste loin des soldats robots humanoïdes. Ici, le Phantom MK-I, à qui le front ukrainien sert également de banc d'essai.  © CatholicJohnMN/X
On reste loin des soldats robots humanoïdes. Ici, le Phantom MK-I, à qui le front ukrainien sert également de banc d'essai. © CatholicJohnMN/X

L'Aurochs 2, robot franco-allemand de l'Institut de Saint-Louis, a réussi sa première séquence de tir à 400 mètres en juillet 2025. Il navigue sans GPS par vision artificielle. C'est un engin robuste, bien conçu, mais on parle d'un unique prototype face à un écosystème ukrainien qui produit à l'échelle industrielle. Running Brains Robotics, PME française de Mérignac, déploie des robots de surveillance autonomes. Mais pour des sites industriels civils, pas pour le front.

La loi de programmation militaire 2024-2030 consacre 5 milliards d'euros aux drones et robots terrestres. Le plan ReArm Europe annonce 800 milliards à l'échelle du continent. Les budgets sont là. L'écart avec l'Ukraine ne porte pas sur l'argent mais sur le tempo. La guerre a compressé les cycles de développement d'une façon que la planification en temps de paix ne peut pas reproduire.

Reste la question que personne n'a encore tranchée. Lors de l'opération d'avril, des soldats russes se seraient rendus à des machines. Amnesty International a rappelé le problème de l'humain dans la boucle décisionnelle. L'Ukraine affirme que toutes ses machines sont téléopérées. Mais la frontière entre « téléopéré » et « semi-autonome » est mince. Quand la latence du signal oblige l'opérateur à déléguer une partie des décisions au logiciel, la nuance devient floue. Le droit international humanitaire, lui, n'a pas encore de réponse pour un champ de bataille sans soldats.

La robotique militaire a trouvé son marché. Il ne lui manque plus que ses règles.